Médecins millionnaires à Boisbriand , Il y avait de l’abus concède Barrette

Médecins millionnaires à Boisbriand ,  Il y avait de l'abus  concède Barrette

Selon un reportage d’Enquête qui sera diffusé jeudi soir, Martin Boileau, Laurent Lalonde, Robert Lepage et Suzanne Racine ont facturé aux patients des millions de dollars en frais accessoires, parfois pour des actes inutiles entre 2010 et 2014.

Cette situation a été rendue possible grâce une entente de plus de 34 millions de dollars conclue avec Québec pour effectuer des chirurgies, notamment de la cataracte, durant la rénovation de l’hôpital de Saint-Jérôme. L’entente devait durer deux ans, mais a été prolongée après que les ophtalmologistes, insatisfaits des travaux de rénovation, eurent refusé de retourner à l’hôpital.

Interrogé à ce sujet jeudi à l’Assemblée nationale, le ministre Barrette a admis sans détour que l’entente a donné lieu à des abus, ce qui explique pourquoi il y a mis fin dans les jours qui ont suivi son entrée en fonction.

Dans la première semaine de juin 2014, j’ai aboli cette entente de services, parce que, clairement, cette entente était abusive.

Gaétan Barrette

« L’entente de services a généré non seulement des revenus substantiels pour des ophtalmologues, mais ça a mis en lumière, là aussi, l’ampleur de la problématique des frais accessoires », a-t-il fait valoir. « Il y avait de l’abus là-dedans. C’est une des raisons pour laquelle moi j’ai voulu les encadrer, et finalement, après analyse, on a choisi de les abolir. »

Pas d’autre entente prévue, affirme Barrette

Selon les informations obtenues par Enquête, une nouvelle version de cette entente serait toujours en cours de négociation.

Le ministre Barrette dément cependant qu’une nouvelle version de l’entente, d’une durée de cinq ans, se trouve actuellement sur son bureau. « Je vous invite à venir visiter mon bureau et fouiller dans mes tiroirs : depuis que je suis en poste, il n’y a jamais eu de projet », a-t-il assuré.

« Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu des gens qui ont rêvé que ça continue », a-t-il poursuivi. « C’est toujours la même chose quand on parle des frais accessoires et de ce genre de choses : c’est une manne, c’est une machine à imprimer des dollars qui vont directement dans les poches des médecins. C’est ça qu’on a aboli. »

Les médecins, ce n’est pas des dieux. C’est des êtres humains. Et quand ils ont accès à des revenus, ils veulent en avoir et en avoir plus, comme vous et moi.

Gaétan Barrette

Selon nos informations, les actionnaires de l’IOL ont engagé les services de deux lobbyistes pour tenter d’obtenir une troisième entente, qui élargirait ses activités aux territoires de Laval et de Lanaudière.

Si une nouvelle entente était signée, les médecins du réseau de la santé des Laurentides y verraient une menace pour l’offre de service et la qualité des soins aux patients.

Le ministre Barrette affirme en outre que les ophtalmologistes ont maintenant révisé le prix d’une chirurgie de la cataracte à la baisse, mais soutient que Québec n’est pas en mesure de fixer un juste prix pour cette opération.

« La grille tarifaire d’une spécialité, elle est déterminée à l’interne. Nous, on approuve ou non, mais c’est eux qui ont un bout de chemin à faire », a-t-il expliqué. « Là, ils ont révisé les choses à la baisse. Est-ce que c’est trop bas’ Trop haut encore’ Il y a un équilibre à trouver. On a un mot à dire, mais on n’a pas le pouvoir absolu », a-t-il commenté.

Une « mauvaise évaluation » des frais de la RAMQ, selon le PQ

« On voit qu’il y a eu vraiment des dérives », a réagi la porte-parole péquiste en matière de santé, Diane Lamarre.

Je pense que l’ensemble de la population va comprendre pourquoi on a mené ce combat contre les frais accessoires. On voit un peu les abus auxquels ça a conduit.

Diane Lamarre, porte-parole péquiste en matière de santé

Elle invite le Centre intégré de santé et de services sociaux des Laurentides à confirmer qu’il n’a pas l’intention de signer une nouvelle entente avec l’IOL.

Mme Lamarre demande en outre à la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ) de revoir les frais administratifs qui sont accordés aux cliniques privées. Dans le cas de l’IOL, dit-elle, « il y a eu une mauvaise évaluation de ces frais, parce qu’ils étaient très très lucratifs pour les ophtalmologistes ».

Selon la députée péquiste, de tels frais sont encore versés aux cliniques Chirurgie Dix30, Rockland MD et Opmédic, choisis par le ministre Barrette dans le cadre d’un projet-pilote visant à déterminer le juste prix d’une activité professionnelle.

« Si on trouve de l’argent pour financer des cliniques privées, pourquoi on n’a pas d’argent pour réinvestir et allonger les offres de services dans nos hôpitaux’ », demande-t-elle.

Mme Lamarre dit également être interpellée par la sécurité des patients qui ont reçu des soins à l’IOL, le reportage d’Enquête montrant que des réceptionnistes y posaient des gestes qui auraient dû être l’apanage des infirmières. « Si des patients pensent qu’ils ont été lésés, je pense qu’ils doivent porter plainte au Collège des médecins », souligne-t-elle.

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