Les Familles Dépakine enfin entendues par l’Etat interpellent Sanofi

Les Familles Dépakine enfin entendues par l'Etat interpellent Sanofi

PARIS (AFP) – 

L’association des victimes de la Dépakine a exprimé mercredi son soulagement de se voir enfin entendue par l’Etat, mais a interpellé Sanofi, qui commercialise cet anti-épileptique à l’origine notamment de malformations du foetus.

« Enfin on est vus, enfin on est entendus. Cela fait 5 ans qu’on criait un peu dans le désert », a réagi Marine Martin, présidente de l’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant (Apesac), reçue mercredi au ministère de la Santé.

« Oui, l’État aujourd’hui assume sa responsabilité vis-à-vis des citoyens », a-t-elle dit lors d’un point presse au cabinet de son avocat.

« Par contre, Sanofi est dans un silence total et dans le mépris des victimes. J’espère que le gouvernement saura être ferme et les obliger à participer au fonds d’indemnisation. Ce n’est pas aux contribuables de payer pour les dégâts faits par la Dépakine depuis 50 ans! »

Sous la pression des victimes, le gouvernement a annoncé mercredi une série de mesures, dont un dispositif d’indemnisation.

« Sanofi doit assumer sa responsabilité. Aujourd’hui ils sont dans une stratégie agressive, refusant de communiquer des pièces ou de se rendre aux rendez-vous d’expertise », a accusé Me Charles Joseph-Oudin.

Les premières plaintes de victimes ont été déposées en mai 2015 et une enquête préliminaire ouverte.

Mais « pourquoi n’y a-t-il pas eu encore ouverture d’une information judiciaire, d’une enquête indépendante avec désignation d’un juge d’instruction' », interroge Me Joseph-Oudin. « La gravité de cette affaire commande que toute la lumière soit faite ».

Pour l’Apesac, la priorité est que le public soit enfin informé: les femmes prenant du valproate de sodium (substance active de la Dépakine et de plusieurs autres médicaments) doivent faire leur choix en toute connaissance si elles veulent entamer une grossesse.

Pris par une femme enceinte, ce produit, sur le marché depuis 1967, implique pour le foetus 10% de risque de malformations et jusqu’à 40% de risque d’autisme et de troubles neuro-comportementaux.

Les victimes s’interrogent désormais sur la transmissibilité de ces troubles à leurs descendants, et demandent aussi une étude sur l’impact des autres anti-épileptiques.

« Il faut cesser ce massacre », dit Mme Martin, pour qui « l’autre urgence est la prise en charge de nos enfants malades ».

Jusqu’ici la plupart des familles ont fait le lien entre ce médicament et les troubles de leurs enfants « grâce à la presse » et aux reportages sur l’association, déplore-t-elle.

Les malformations (coeur, reins, membres, colonne vertébrale) étaient connues depuis les années 1980, les risques neurologiques depuis les années 1990. Des procédures judiciaires ont d’ailleurs été engagées aux Etats-Unis contre le laboratoire Abbott, souligne l’Apesac.

© 2016 AFP

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