Kerviel a causé un préjudice considérable selon un avocat de la Société Générale

Kerviel a causé un préjudice considérable selon un avocat de la Société Générale

VERSAILLES (AFP) – 

« Les actes de Jérôme Kerviel ont causé un préjudice considérable à la Société Générale, et pas seulement à elle », a asséné Me Jean Veil, un des avocats de la banque, dans sa plaidoirie vendredi devant la cour d’appel de Versailles.

Cette juridiction est chargée de déterminer si oui ou non l’ex-employé de la banque, condamné pour abus de confiance, devra verser les 4,9 milliards de dommages-intérêts qu’elle lui réclame.

La Cour de cassation a en effet confirmé en 2014 sa condamnation à cinq ans de prison, dont trois ferme, mais cassé les dommages et intérêts réclamés par la Société Générale, estimant que ses mécanismes de contrôle avaient failli.

Selon Me Veil, les opérations frauduleuses que M. Kerviel a passées sur les marchés à terme en 2007-2008 ont causé un « préjudice considérable » à la banque, mais aussi « aux salariés » qui « ont perdu leurs bonus et une partie de la valeur de leurs actions » dans cette affaire.

« L’escroc, le délinquant », dit-il, a pourtant eu « une chance considérable »: la Société Générale lui a « fait confiance après une première erreur » – de premières opérations fictives frauduleuses – détectée par le système de contrôle du géant bancaire.

Jérôme Kerviel a même été promu, rappelle l’avocat: d’assistant trader au « middle office », il est rapidement passé trader junior au « front office ». Ses supérieurs hiérarchiques, ses collègues « lui ont fait confiance » et il a « trahi » cette confiance, tempête l’avocat.

« Alors quand il vient ici avec des yeux de Sainte Nitouche pour expliquer qu’il est une victime, je trouve ça scandaleux. Ce n’est pas pour rien que le tribunal (correctionnel de Paris), confirmé par la cour d’appel l’a condamné à cinq ans de prison », a-t-il conclu.

Le ténor du barreau de Paris avait débuté sa plaidoirie en expliquant comment le montant du préjudice, colossal, avait été calculé par la banque, égrenant les chiffres des opérations frauduleuses de Jérôme Kerviel passées sur les marchés.

« La Société Générale a fourni », depuis le début de l’enquête, « des éléments montrant très clairement la magnitude de la fraude », a-t-il souligné, éléments qui ont été « vérifiés par les commissaires aux comptes et par la Commission bancaire » et n’ont « jamais été contestés » par la défense « de 2008 à 2012 », selon Me Veil. Le conseil estime par conséquent qu’une nouvelle expertise financière, réclamée la veille par Jérôme Kerviel, n’est pas justifiée.

Avant lui, sa jeune consoeur Marion Lambert a souligné le fait que Jérôme Kerviel « connaissait parfaitement » son « mandat » de trader et les « limites » quotidiennes qui étaient imposées collectivement aux professionnels du « front office »: 125 millions d’euros de positions.

A la Société Générale, la limite était « dépassée ponctuellement », mais « la position de 50 milliards d’euros prise par Jérôme Kerviel, c’est 400 fois la limite autorisée! », a-t-elle noté.

Relevant elle aussi la « confiance » que la banque avait placée dans son trader junior, elle est revenue sur les contrôles « défaillants » mis en place au sein de l’entreprise, ses « carences », ses « négligences ». Le système de contrôle a, selon elle, surtout été « abusé » par un employé ayant l' »intention délibérée de le mettre en échec ». Et de réclamer, pour cela, « l’intégralité de son préjudice », soit plus de 4,9 milliards d’euros.

Me Martineau, lui, a relevé que les « manquements » de la banque, « certes graves », n’étaient « pas intentionnels ». Et c’est bien, selon lui, « la fraude du délinquant » qui « est à l’origine du dommage ».

© 2016 AFP

Laisser un commentaire