Deux personnes mariées peuvent fort bien s’aimer à condition de ne pas être mariées ensemble.

Deux personnes mariées peuvent fort bien s'aimer à condition de ne pas être mariées ensemble.

La sonde Juno a pour mission de surveiller Jupiter, son « mari » dans la cosmologie gréco-latine. De quelle « divine comédie » ces noms olympiens sont-ils l’écho

On en parlait hier sur Europe 1 : cinq ans après son lancement, la sonde spatiale Juno vient d’arriver dans le voisinage de Jupiter. Sa mission d’observation, qui doit durer une année, consiste à réaliser 36 survols de la planète. Et alors, vous, ce qui vous amuse dans cette histoire, ce sont les noms des protagonistes de ce ballet céleste.

Mais oui ! Je n’apprends rien à nos auditeurs en leur disant que Jupiter (dont le nom grec est Zeus) est le roi des dieux. Mais on sait moins, en général, que Jupiter était marié à la déesse de la jalousie, Héra (que les romains appelaient Junon, comme la petite sonde spatiale). Junon était la déesse de la jalousie

En tout cas, la déesse jalouse et à bon droit ! Héra, c’est Hillary Clinton, « cornuta mundiale », comme disent les Italiens. Si on met de coté ses premières femmes (Métis, Thémis, Eurynomé), les maîtresses du roi des dieux sont innombrables : la nymphe Antiope à qui il fait deux enfants (sous la forme d’un satyre), la princesse Europe (qu’il enlève sous la forme d’un taureau), la nymphe Callisto (qu’il change en ourse), la princesse Danaé, séquestrée par son père, que Zeus féconde en s’introduisant dans sa cellule sous la forme d’un fil d’or, la prêtresse Io (que Zeus transforme en génisse), Egine, qu’il enlève sous la forme d’un aigle, Sémélé, la mère de Dionysos (que Héra fit brûler vive), la reine Alcmène (mère de Héraclès) dont la nuit avec Zeus fournit à Plaute (puis à Molière) le sujet d’Amphytrion, la titanide Léto (mère d’Artémis et d’Apollon), la pléiade Maïa (mère de Hermès), la déesse Démeter (déesse de l’agriculture et des moissons). Et je n’en suis pas à la moitié ! Mais pourquoi Jupiter était-il cavaleur à ce point

C’est qu’en qualité de roi des Dieux, Zeus (alias Jupiter) est comptable des événements de ce monde. Or, chacune des aventures du coureur de jupons, permet d’expliquer un phénomène naturel : l’enlèvement d’Europe délimite les contours du continent éponyme, le drame de Callisto est à l’origine de la constellation qu’on appelle la « grande ourse », le sort de Danaé symbolise la sécheresse puis la fécondité d’une terre arrosée par la pluie, et ainsi de suite. En fait, c’est l’histoire-même du monde que les grecs ont déclinée en adultères…

Et c’est cette divine comédie, ce vaudeville olympien, que rejoue, à 1 milliard de km d’ici, la mise en orbite de la sonde Juno (Héra) dont les deux raisons d’être sont, comme toute épouse indiscrète, de tourner autour de Jupiter, de prendre des photos, d’étudier sa composition et d’en surveiller le comportement.Je commence à vous connaître, Raphaël, et je pressens, puisque vous parlez de mariage, que la morale de l’info va être tirée de Sacha Guitry…

Mon Thomas, vous lisez dans les pensées : « Deux personnes mariées peuvent fort bien s’aimer, à condition de ne pas être mariées ensemble. »

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