Aznavour, l’infatigable

Aznavour, l'infatigable

Charles Aznavour est dans une forme resplendissante. Du haut de ses 92 ans, ce monument de la chanson française, toujours aussi passionné par son métier, se sent d’attaque pour les concerts qu’il présentera au Centre Bell et au Centre Vidéotron, vendredi soir et dimanche.

C’est un homme allumé, drôle et charismatique que nous avons rencontré dans le cadre de cette entrevue qui s’est déroulée dans la suite d’un hôtel du centre-ville de Montréal, jeudi matin.

Charles Aznavour, auteur-compositeur-interprète prolifique à qui l’on doit pas moins de 51 albums, n’a rien à envier aux jeunes artistes. En parfaite santé (outre les problèmes d’audition qu’on lui connaît), le chanteur est habité par une énergie qui a de quoi impressionner.

«Si je ne voyage pas et je ne travaille pas, je suis bon à mettre au cimetière», nous a-t-il dit avec le sourire.

Longévité

Lorsqu’on lui demande ce qu’il retire de ses passages sur scène, à cette époque précise de sa vie, celui à qui l’on doit nombre de classiques, dont La bohème, Emmenez-moi, Hier encore et Les comédiens, admet ne plus savoir.

«Ça fait 83 ans que je suis sur scène. Je dois avoir l’une des plus longues carrières au monde, à l’heure actuelle, a souligné celui qui dit éprouver le plus grand respect pour son public. Je suis sûrement le chanteur le plus âgé, aujourd’hui, qui est encore sur scène.»

Et est-ce qu’il en tire une certaine fierté’

«Je suis fier, car il fallait vivre d’une certaine manière pour vivre jusqu’à cet âge-là, a-t-il expliqué, précisant qu’il a bu et fumé comme tout le monde’ au cours de sa vie. À un certain moment, cependant, il faut savoir s’arrêter pour vivre en santé. Une dame, en France, a vécu jusqu’à l’âge de 123 ans. Il y a donc des possibilités. Je vais essayer de faire 124.»

L’écriture

Amoureux des mots, Charles Aznavour se consacre à sa passion pour l’écriture sur une base quotidienne.

«Vous savez, les idées sont dans l’air. Un rien nous apporte des idées. Dans les chansons que je vais présenter prochainement [il nous a confié avoir assez de matériel pour enregistrer deux albums], il y a des choses qui vont profondément dans des événements qui se déroulent à l’heure actuelle, avec des mots simples et faciles, sans vulgarité.»

Malgré tout, celui dont la présente tournée comprend quelques dates aux États-Unis (il était à New York et à Boston, il y a quelques jours) n’éprouve aucun intérêt pour la campagne électorale américaine. C’est plutôt la question des immigrants qui l’anime, par les temps qui courent.

«N’oublions pas que la chanson française a été écrite énormément par des gens dont les parents venaient de l’étranger, a-t-il souligné. Brassens était d’origine italienne, tout comme Ferré. Moustaki était grec, moi je suis arménien et Linda Lemay est québécoise. Tout ça vient de l’extérieur. Je crois qu’en refusant cette population qui est à notre porte, on passe à côté de gens qui ont quelque chose à apporter.»

 Charles Aznavour est en spectacle vendredi soir au Centre Bell et dimanche au Centre Vidéotron.

D’autres vieux routiers

Charles Aznavour n’est pas le seul chanteur à ne pas avoir laissé son âge lui dicter le moment de sa retraite. Voici quelques exemples d’artistes qui sont toujours actifs, même s’ils ont passé le cap des 70 ans.

Tony Bennett (90 ans)
Chuck Berry (90 ans)
Leonard Cohen (82 ans)
Bob Dylan (75 ans)
Paul Simon (75 ans)
Neil Diamond (75 ans)
Aretha Franklin (74 ans)
Paul McCartney (74 ans)
Mick Jagger (73 ans)
David Lemieux rencontre une idole

Photo Ben Pelosse

David Lemieux en compagnie de Charles Aznavour.

«Il a beaucoup de vécu, ça se sent. De le voir en face de moi, c’était spécial», a affirmé le boxeur québécois David Lemieux dans les minutes qui ont suivi sa rencontre avec Charles Aznavour, l’une de ses idoles, jeudi matin.

Malgré le fait que plus de six décennies les séparent, David Lemieux, 27 ans, éprouve un grand respect pour l’auteur-compositeur-interprète qui, tout comme lui, est d’origine arménienne (la mère de David Lemieux est arménienne).

Les deux hommes, qui se produiront à 24 heures d’intervalle dans l’enceinte du Centre Bell (David Lemieux affrontera Cristian Fabian Rios samedi soir), ont même profité de l’occasion pour échanger quelques mots dans leur langue maternelle.

«Nous avons parlé de plusieurs choses. Il m’a entre autres demandé si je suis né ici et d’où venait ma parenté, a expliqué l’athlète. Je lui ai dit que c’est ma mère qui est arménienne, que mon père est québécois. Nous avons parlé de choses comme ça et puis il a fait quelques jokes en arménien (rires).»

Dans un club

Fait étonnant, David Lemieux a découvert la musique d’Aznavour alors qu’il prenait part à une soirée dans un club du Vieux-Montréal, après avoir remporté un combat qui l’opposait à Hassan N’Dam, en juin 2015.

«Tout à coup, j’ai entendu un remix de l’une de ses chansons: Parce que tu crois. Je me souviens, j’étais très relax et, quand mes oreilles ont entendu ce son, j’ai tout de suite eu la chair de poule, a-t-il raconté. J’ai sorti mon cellulaire pour essayer de trouver la chanson avec l’application Shazam, mais je n’y suis pas arrivé. C’est mon ami qui m’a regardé et qui m’a dit: Pour vrai, tu es arménien et tu ne sais pas qui chante » Le lendemain, je downloadais’ toutes ses chansons. J’ai tout écouté.»

Par la suite, le boxeur a même pris la décision de faire son entrée sur le ring, lors d’un combat qui a eu lieu à Las Vegas, au son de la chanson Non, je n’ai rien oublié.

«Cette chanson, je l’ai écoutée souvent, durant mon entraînement. C’était une source de bonne énergie.»

Est-ce que le fait d’avoir rencontré celui qui a créé cette musique qui l’inspire tant lui portera chance pour le combat de samedi’

«C’est sûr que de l’avoir rencontré, ç’a été positif, a-t-il déclaré. Pour le combat, j’ai fait mes devoirs. J’ai fait ce qu’il y avait à faire pour obtenir les résultats que je veux.»

 Le combat de David Lemieux a lieu samedi au Centre Bell.

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